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Abdoun : « Je n’ai pas fait attention à la crise »

A 27 ans, Djamel Abdoun écume pour la troisième saison les terrains de football grecs avec l’Olympiakos. Malgré le contexte économique difficile, le milieu franco-algérien reste impressionné par la ferveur qui entoure l’équipe.

A quatre journées de la fin du championnat, Abdoun et l'Olympiakos sont déjà assurés d'un nouveau titre. (photo D.A.)

A quatre rencontres de la fin du championnat, Abdoun et l’Olympiakos sont déjà assurés d’un nouveau titre. (photo D.A.)

Pas moins de trois textos ont été nécessaires pour le convaincre d’évoquer son expérience hellénique. Pour l’ancien joueur de Nantes et Ajaccio, en manque de reconnaissance dans l’Hexagone, cet exil en Grèce ressemble à une renaissance. Un paradoxe dans un pays qui peine à garantir les mêmes espérances à ses citoyens. Rendez-vous était pris à son domicile, sur la côte huppée de Glyfada. « Mets-toi à l’aise, c’est la famille », lance-t-il d’entrée, son fils de quatre ans accroché à sa jambe droite. Ce samedi 30 mars, à la veille du match de Championnat contre le PAOK Salonique, son agent et deux amis d’enfance sont venus lui rendre visite. Alors qu’ils se posent devant la télévision, branchée sur des chaînes de sport françaises, Djamel se met à l’écart pour l’entretien.

 

« Le jeune de Montreuil que vous étiez s’imaginait-il débarquer en Grèce au milieu de sa carrière ?

- Je n’avais rien programmé. Depuis mes débuts, j’ai essayé de travailler sérieusement pour être professionnel, tout simplement. Malheureusement, je n’ai pas réussi en France, mon pays, mais je n’ai rien lâché et cela a payé. Vingt-sept ans, c’est encore assez jeune dans une carrière. Il ne faut pas oublier que l’Olympiakos est un grand club européen. Je prends beaucoup de plaisir en Grèce, je me suis épanoui.

- Comment s’est prise votre décision de partir ?

- Je ne trouvais plus ma place dans le football français. J’ai eu beaucoup de difficultés au FC Nantes. Pendant l’été 2011, Kavala (*) a contacté mon agent. J’étais prêt à quitter la France pour la Grèce mais je souhaitais rejoindre rapidement l’un des deux grands clubs d’Athènes (Olympiakos, Panathinaïkos). J’ai rempli ma mission en un an. On apprend de ses erreurs. Aujourd’hui, je gagne des titres et je suis titulaire à tous les matches. C’est une belle revanche.

« Nous sommes chanceux. On est payé à la fin du mois »

- L’adaptation à un nouveau mode de vie fut-elle délicate ?

Cela n’a pas vraiment été un problème, je me considère comme un globe-trotter (rires). Je suis venu en Grèce avec ma femme et mon fils, sans crainte. Nous souhaitions rester en Europe. Le climat très doux a favorisé notre intégration rapide. Regardez (il montre du doigt le ciel bleu), on ne va pas se plaindre.

- Vous êtes pourtant arrivé en pleine crise économique…

- Au moment de signer, je n’ai pas fait attention à la crise. Je ne vais pas vous mentir en vous disant qu’à l’Olympiakos, il y a des problèmes. Nous sommes chanceux. On est payé à la fin du mois. Notre président aime le club et continue à investir pour nous permettre de jouer la Ligue des champions chaque année. C’est l’essentiel.

- La crise a des conséquences directes pour certains de vos supporters, qui ne peuvent plus s’offrir leurs abonnements. Observez-vous un changement d’ambiance ?

- Cette saison, il  y a moins de monde dans le stade et cela se ressent dans les encouragements. Les grands matches et les derbys restent une exception. Ils ne pourront jamais manquer ces rencontres.

« Nos supporters sont des fanatiques. C’est un souci quand on perd… »

- En France, le footballeur est souvent montré du doigt pour son statut de privilégié. Êtes-vous aussi la cible de ces attaques en Grèce ?

- Nous avons des supporters fanatiques qui aiment leur club jusqu’au bout. Les problèmes économiques ne compliquent pas nos relations. Nos seuls soucis avec eux, c’est lorsqu’on perd (rires). Les fans sont totalement liés à l’équipe, c’est leur première famille.

- Pouvez-vous sortir dans les rues d’Athènes sans gêne ?

- On arrive encore à se balader tranquillement en famille. Il y a toujours des fans pour demander des photos mais ça reste propre et courtois. J’ai préféré habiter en dehors du centre-ville pour éviter tout débordement.

- En vous installant à Athènes, vous devenez aussi acteur de la grande rivalité entre le Panathinaïkos et l’Olympiakos ?

- C’est incroyable à vivre. Par exemple, un joueur de l’Olympiakos n’a pas le droit de porter des chaussures vertes (couleur de l’équipe rivale). Tous les détails sont importants. Lors de nos derbys, le stade est en fusion avec des dizaines de fumigènes. L’année dernière, le match a dû être interrompu à cause de la fumée. Certains joueurs ont eu peur. Pas moi. Leur soutien me motive encore plus.

- La France vous manque-t-elle ?

- Non. Je ne veux pas perdre l’équilibre que j’ai en Grèce. Je me sens aimé ici, il n’y a pas de raison de changer. Sincèrement, je ne vois pas en France un club me donner ce que je gagne à l’Olympiakos. Il faudrait que ce soit une très grande équipe.  »

Propos recueillis par Guillaume HENAULT-MOREL

 

* Club situé au nord-est de la Grèce, déchu de son statut professionnel à la fin de la saison 2011-2012 pour matches truqués.

 

Djamel Abdoun en cinq dates

  • 14 février 1986 : Naissance à Montreuil (Seine-Saint-Denis)
  • Eté 2003 : Premier contrat professionnel à Ajaccio
  • 18 janvier 2010: Première sélection avec l’Algérie, après avoir joué pour la France dans les catégories de jeunes
  • 24 août 2010 : Il signe à Kavala (D1 grecque)
  • 31 août 2011 : Il rejoint Olympiakos Le Pirée
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