Cré-acΓion / ∑conomie

Des g(r)eeks cherchent la sortie de crise

Locish

Les créateurs de « Locish », une application sur mobile, ont lancé leur start up grâce à la plateforme de « co-working » CoLab. (photo CFJ/L.M.)

De jeunes entrepreneurs athéniens font le choix de rester et de se battre ensemble pour ouvrir des perspectives à leur génération dans les nouvelles technologies. Chapitre 1 : rencontre avec une communauté de geeks so greek.

 

Ils se pressent devant le musée Benaki. Aux bars branchés du quartier, ils ont préféré l’auditorium du musée d’art moderne d’Athènes. Une fois par mois, des entrepreneurs viennent y présenter leur start-up et échanger avec d’autres créateurs d’entreprises, des étudiants et des curieux. Ces rencontres sont organisées depuis 2007 par la plateforme Open Coffee, un site d’actualité sur les start up grecques.

Vendredi 29 mars, la salle est pleine. Ce soir, les intervenants présentent des applications internet et mobile autour du thème « marketplace ». L’ambiance est décontractée. Le mac qui trône sur le pupitre est recouvert d’autocollants colorés. Les trentenaires – tous des hommes – qui se succèdent à la tribune déroulent leur speech à l’américaine. Debouts, micro à la main, discours bien rodé, slides soignés, ils appliquent la méthode Steve Jobs et manient aussi bien l’humour que le code informatique.

Le public intervient beaucoup, demande des démonstrations, pose des questions sur le business model ou la stratégie marketing. Les discussions se poursuivent autour d’un verre dans la caféteria du musée. Un smartphone dans une main, une carte de visite dans l’autre. Pro mais pas trop, les convives enthousiastes militent pour plus d’optimisme, plus d’ambition pour la Grèce à un moment où le taux de chômage des Grecs de moins de 25 ans frôle les 60%.

CoLab, une initiative née grâce à Open Coffee

Spiros Kapetanakis est un participant assidu des conférences du musée Benaki depuis leur lancement. Il s’est inspiré de cet esprit de partage pour créer CoLab, un espace de co-working, en 2010. Contraction des mots anglais collaboration et laboratory, CoLab est un incubateur de jeunes entreprises. Le principe est simple : réunir dans un même espace de travail  starts-ups et auto-entrepreneurs, et faciliter leur rencontre avec des investisseurs. CoLab a importé à Athènes le concept de cette communauté professionnelle d’un nouveau genre, né aux Etats-Unis.

Spiros Kapetanakis, co-fondateur de CoLab

Spiros Kapetanakis, co-fondateur de CoLab. (photo CFJ/L.M.)

Installés dans des bureaux au design moderne, meublés de canapés orange et de chaises multicolores, les membres de CoLab mettent tout en commun : infrastructures, matériel informatique, repas, mais surtout idées et bonnes pratiques professionnelles. « Nous partageons nos connaissances pour stimuler l’innovation, explique Spiros Kapetanakis, C’est une idée incroyable de pouvoir faire travailler des gens ensemble, en synergie. » Ce diplômé en biologie de 44 ans, développeur autodidacte, a travaillé dans la production de dessins animés pendant plusieurs années et a créé sa propre entreprise dans l’informatique. Mais, en 2010, Spiros a tout abandonné pour se consacrer à l’ouverture de CoLab. Avec l’aide de son associé, il investit 25000 euros et concrétise son rêve d’entreprenariat social.

Les locaux partagés de CoLab à Athènes

Les locaux partagés de CoLab à Athènes

L’espace de coworking est ouvert à tous. Pour 10 euros par jour ou un forfait de 150 euros par mois, n’importe qui peut venir travailler dans ces 200 mètres carrés situés au cœur d’Athènes, à deux pas du Parlement. Une douzaine de start-ups profitent actuellement de cette structure originale comme Locish, une application mobile qui donne des renseignements aux voyageurs sur les lieux de leurs visites.

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Avec moins de trois ans d’existence, CoLab affiche déjà de grandes réussites à l’image de Taxi Beat, une application pour téléphone mobile qui permet aux chauffeurs de taxi de signaler l’endroit où ils se trouvent, présent dans une dizaines de pays. Ou encore BugSense, utilisée par plus de 4500 concepteurs de solutions mobiles dans le monde entier. Mais Spiros Kapetanakis ne compte pas s’arrêter là. Ambitieux, il ouvrira prochainement un lieu de coworking à Thessalonique et à Patras, en plus des deux espaces déjà existant à Athènes et Heraklion.

La crise, une opportunité pour changer les mentalités

La réussite de CoLab symbolise les efforts d’une jeunesse déterminée à rester en Grèce pour développer le pays au lieu de s’exiler à l’étranger. Malgré un avenir incertain, ces jeunes entrepreneurs refusent de céder à la fatalité. « J’espère que vous verrez un jour la Grèce comme nous la voyons c’est-à dire jeune, innovante et audacieuse », déclare Theocharis Moysiadis, chargé du développement commercial de la start up Future Intelligence.

« La crise pousse les gens à trouver de nouvelles solutions, à devenir réactifs, à créer quelque chose de novateur »,  explique Akis Laopodis, fondateur de Layerise. Quand tout est noir et qu’il n’y a plus de vision, il faut se dépasser. Les jeunes entrepreneurs compte sur cette période de marasme économique pour remettre à plat le modèle économique grec. « Il n’y a pas de mentalité entrepreneuriale en Grèce. Les gens doivent changer leurs façons de voir les choses. C’est le moment d’inciter à la création », conclut Spiros Kapetanakis.

Yassine KHIRI et Laura MIRET

 

 

 

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