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L’arène et le clochard

Olivier, trentenaire et SDF d’Athènes, a élu domicile aux abords du stade de football de son équipe fétiche, l’Olympiakos.

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Un supporter qui ne sera jamais Interdit de stade (photo : CFJ/K.E & D.P)

Station Faliro, tout le monde descend. A la sortie du métro : le Karaïskaki. Un nom de volcan pour un stade non moins bouillant. Ici joue l’Olympiakos le Pirée, le club de football le plus titré du pays. Encerclés par une nuée de graffitis, vous pénétrez dans un autre monde. Si vos parents vous avaient forcé à prendre l’option grec ancien à l’école, vous aurez peut-être la chance de les comprendre. Slogans nationalistes ou antifascistes, croix celtiques et symboles de la Gate 7, le groupe des inconditionnels du club. Les supporters ont marqué leur territoire. Olivier aussi. Dans cet amas de tags rouge et blanc, une constante : ce prénom, suivi d’un nom. Sans d’autres précisions.

 Les jours sans match, l’esplanade du stade est déserte, vidée de ses habitants. Seuls quelques résidents de ce quartier pauvre d’Athènes jouent les passants. Comme pour prouver que le quartier est encore animé quand son stade ne l’est pas. Comme s’ils montaient la garde pour protéger le temple dans lequel ils expient leurs péchés. Mais parmi eux, un homme ne passe pas, il rôde.

Olivier peut vous décrire tous les objets du musée du club.                    (photo : CFJ/K.E & D.P)

« Tout le monde le connaît, il est tout le temps là. Il dort autour du stade depuis des années », explique Nontas, le patron du bar d’en face. Notre vagabond affiche une barbe informe, un œil rêveur et l’autre inquiet. Sous une mâchoire serrée, Olivier cache quelques dents cabossées. Quand il croise quelqu’un, sa veste de survet’ s’ouvre, laisse découvrir un maillot de l’équipe locale et un vieux carton qu’il est fier d’exhiber : son oreiller. « Une photo, prenez-le en photo », insiste-t-il.

La journée, il le serre jalousement contre sa deuxième peau rouge et blanche. Le soir, il pose sa tête dessus et s’endort sous les arcades de l’imposante arène, aux abords du musée du club. Comme un trophée oublié, exposé à l’air libre.

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Fier de son oreiller ! (photo CFJ/K.E & D.P)

Une pièce rare que chacun salue. Mais à distance. Une barrière imaginaire semble exister entre les riverains et lui. Olivier n’est pas du genre rassurant. Il lui arrive de shooter dans le vide sans raison, de grimacer quand il tente de sourire. Entre ses doigts se faufile une lame de verre, un peu flippant. Chien vagabond ou fan errant : même traitement.

« Je suis fou de l’Olympiakos »

Olivier n’avouera jamais qu’il vit ici. Trop fier pour ça. Il refuse d’expliquer comment il en est arrivé là. « Je suis fou de l’Olympiakos », préfère-t-il répéter sans cesse, dans un mélange de grec, d’anglais et de français, sa langue maternelle. « Avant, vers 14/15 ans, j’allais dans les beaux hôtels à Paris avec mes parents et je voyais de belles femmes. Maintenant, je ne vais plus trop dans les hôtels… » Sa maison, c’est ici, au Karaïskaki.

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Olivier, gardien du stade et des guichets. (photo CFJ/K.E & D.P)

Kevin ERKELETYAN et Dan PEREZ

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