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Le handball, parent pauvre du sport grec

La Grèce est le seul pays des Balkans dont les équipes nationales de handball ne se qualifient pas dans les tournois internationaux. Nous avons assisté à un match de première Division féminine pour essayer de comprendre.

L’extérieur du gymnase est à l’image du sport qu’il abrite : en jachère. Perdu entre un grand boulevard et des barres d’immeubles, il est difficile de croire qu’il va abriter un match de play-off de première division de handball féminine, même si l’intérieur est plus propret. En bref, un match de « haut niveau » national. Mais de haut, il n’en a que le nom. L’affrontement oppose la première équipe du Championnat et la quatrième : Ionia contre Ormi Patras. Une confrontation théoriquement tendue entre deux équipes rivales, qui se disputent le titre national depuis quelques années.

« La qualité du jeu est nulle »

 

« Elles sont censées être les meilleures équipes du pays, souffle Stathis Papachartofilis, un sosie de Tony Curtis, membre de la Fédération hellène de handball et directeur de l’équipe de Patras. Mais vraiment, la qualité du jeu est nulle. » Difficile de lui donner tort. Aucun but après sept minutes de jeu, des mauvaises passes à la pelle, des joueuses qui bougent moins que les statues vivantes de Paris. Bref, une purge. Il suffit de quelques minutes pour s’en convaincre, certains matches universitaires français sont de meilleur niveau que cette rencontre.

 

Le vétuste panneau d'affichage peine à donner distinctement le résultat de la rencontre. Ionia l'emporte 21-19 face à Patras.

Le panneau d’affichage peine à donner distinctement le résultat de la rencontre. Ionia l’emporte 21-19 face à Patras. (Photo : CFJ/T.A.)

Ce match est symptomatique des maux grecs en matière de handball. Malgré la bonne volonté des joueuses, un public omniprésent dans le petit gymnase, le niveau du jeu n’est pas à la hauteur. Pourtant, la Grèce a eu l’occasion de passer le cap du haut niveau, au tournant des années 2000.

La panne de réveil

Petit retour en arrière, à une époque où la Grèce et la France avaient le même niveau, à la fin des années 1980. Les deux équipes se débattent alors dans les méandres de la 3e Division internationale. Bien qu’elle ait une équipe, la Grèce ne s’est jamais qualifiée pour la moindre compétition internationale, jusqu’à ce qu’un petit coup de pouce du destin vienne donner l’impulsion : en 1997, le Comité international olympique accorde l’organisation des JO à Athènes pour 2004. Comme le veut la tradition, le pays hôte doit présenter une équipe dans chaque sport représenté. Sans passer par les qualifications, les Grecs découvrent le gratin. Un peu comme si les Îles Féroés se retrouvaient directement qualifiées pour le Mondial de foot.

« Le résultat a été fantastique pour l’équipe masculine (6e sur 12), explique M. Papachartofilis. Et derrière, elle arrive au Championnat du monde 2005. Mais nous n’étions pas prêts, nous nous sommes reposés sur nos quelques acquis et l’équipe a replongé petit à petit. » Résultat, elle n’a plus jamais atteint le plus haut niveau, étant déjà éliminée des qualifications de l’Euro 2014, au premier tour, par la Suisse qui est un autre « cador » du handball, et qui n’a aujourd’hui pas marqué le moindre point dans la seconde phase qualificative…

« On est l’un des premiers sports touchés par la crise »

« Ici, ils n’ont pas cette culture du handball », confie Sacha Zivulovic, ancien héros de l’épopée grecque aux JO d’Athènes. Un phénomène totalement incroyable lorsque l’on scrute attentivement les résultats des pays voisins : Macédoine, Slovénie, Monténégro, Serbie, et évidemment la Croatie réalisent tous des performances sur la scène internationale, avec des joueurs de haut niveau.

Pourquoi, une telle différence ?  Elle repose sur plusieurs facteurs. Le premier est l’anonymat de ce sport : 70 clubs et quelques milliers de licenciés. Pour Stathis Papachartofilis, le manque de moyens y est pour beaucoup. « On est l’un des premiers sports touchés par la crise. Nous avons perçu des subventions du gouvernement pendant des années. Evidemment, c’est terminé. Personne ne veut investir à long terme dans le handball, ce n’est pas assez populaire ici. » Un avis partagé par Ratko Durkovic, ancien international serbo-monténégrin, aujourd’hui entraîneur de l’équipe de Patras. « Le gouvernement préfère investir dans le football ou le basket-ball, qui ont déjà des résultats. »

Pour cette rencontre du « haut-niveau » grec, entre Iona et Patras, le petit gymnase de Ionia a fait le plein… de quelques dizaines de spectateurs. (Photo CFJ/T.A)

L’amateurisme est un autre souci dans le développement du handball en Grèce. Le Championnat n’est pas professionnel et seuls les quelques internationaux jouant à l’étranger bénéficient de contrats pro. L’équipe nationale ne peut donc pas s’appuyer sur son Championnat pour progresser. Selon M.Papachartofilis, « les bons jeunes arrêtent forcément au bout d’un moment, ils préfèrent trouver un emploi qui leur permette de vivre. » Pour Ratko Durkovic, cela pousse les joueurs au dilettantisme : « Les handballeurs ont tendance à manquer d’implication. C’est quand même un sport sérieux. J’essaye de l’enseigner à mes joueuses pour qu’elles deviennent meilleures. »

« Il faut faire venir des entraîneurs étrangers expérimentés »

 Les officiels grecs n’abandonnent pas pour autant ce sport. Depuis quelques années, la Fédération grecque a entrepris de restaurer l’image du handball. Avec peu de moyens, mais beaucoup de bonne volonté. « Nous avons perdu une génération, peut-être une génération et demi, insiste Stathis Papachartofilis. Nous avons continué avec les mêmes joueurs depuis 2004. Ils sont trop vieux. Il nous faut reconstruire avec des jeunes. »

Une tâche ardue mais pas insurmontable. Un avis partagé par Ratko Durkovic, pour qui « il faut encourager la pratique du handball dans les écoles, c’est comme cela qu’on développe sa culture handball ». Pour la Fédération, le niveau ne peut qu’augmenter. « S’ils ont réussi à avoir des résultats en 2004, ils peuvent réitérer cette performance », souligne l’entraîneur monténégrin.

Celui-ci représente peut-être l’une des solutions, si l’on en croit Sacha Zivulovic. « Je pense qu’il faut faire venir des entraîneurs étrangers plus expérimentés. Ils apporteront leur culture et leur gagne, c’est comme cela que nous avons réussi à obtenir la sixième place à Athènes. » L’homme sait de quoi il parle, il a été naturalisé pour jouer dans l’équipe nationale.

Dans la situation actuelle, la probabilité de revoir la Grèce sur la scène internationale reste faible. Mais des motifs de satisfaction existent. Parmi ceux-là, la seconde place obtenue par les jeunes Grecs aux Championnats méditerranéens cadets, en février dernier. Stathis Papachartofilis prophétise déjà : « Vous verrez, la génération 1996 va faire un malheur. »

Thomas AUDEBERT

 

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