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Enfants de tous pays, la Grèce vous renie !

Nés en Grèce, mais pas Grecs pour autant. Le gouvernement a récemment proposé de supprimer le droit du sol aux enfants d’immigrés, restriction alarmante pour les nombreux Athéniens venus manifester ce samedi 30 mars aux côtés de « leurs frères de galère. »

e la place Omonia à Syntagma, près de 3 000 Grecs ont manifesté contre la politique d’immigration du gouvernement. (Photo CFJ / J.B.)

De la place Omonia à Syntagma, près de 3 000 Grecs ont manifesté contre la politique d’immigration du gouvernement. (Photo CFJ / J.B.)

14 heures. La place Omonia se couvre de banderoles colorées, aux slogans fleuris : « Néonazis, c’est à vous de dégager ! » Afghans, Pakistanais, Syriens, Roumains, Albanais… et Grecs. Ils sont quelques milliers réunis pour protester ensemble contre la montée d’une « politique fascite » à l’égard des immigrés. Parmi les adultes et les étudiants engagés, de nombreux enfants, au centre des revendications du jour : depuis février, le gouvernement de coalition a suspendu le droit du sol et tente de l’annuler définitivement à coups de propositions de lois. En d’autres termes, les enfants d’immigrés nés sur le territoire pourraient ne plus obtenir la nationalité grecque.

« Ils ne savent plus quoi inventer pour nous faire sentir qu’ici, on ne sera jamais chez nous ! », se désespère Haxhi Lulo. Peintre en bâtiment roumain, arrivé en Grèce il y a vingt ans, il est venu manifester avec son petit garçon, âgé de cinq ans. « Mon fils parle grec, se sent grec et, même si  moi j’ai obtenu la nationalité, lui ne l’aura peut-être pas. Alors je suis là, pour que ça n’arrive pas. »

« Il n’y a aucun lien avec la crise, c’est du pur racisme ! »

Pour Tania Vrizaki, présidente de l’association Kerpha (mouvement contre le racisme et la menace fasciste), cette loi est tout simplement scandaleuse. « Quand ces enfants auront dix-huit ans, ils seront soit enfermés dans des « camps de concentration » – on ne peut pas appeler ça autrement -, soit renvoyés dans leur pays dont, bien souvent, ils ne parlent pas la langue, ou bien ils seront obligés d’acheter une sorte de visa pour rester dans le pays où ils ont grandi. C’est absurde ! »

Ici, le virage droitier du gouvernement grec inquiète. Pour beaucoup, si le mouvement néonazi reste marginal, les idées xénophobes qu’il véhicule sont de plus en plus contagieuses. « Depuis les dernières élections, c’est comme si le gouvernement se calait sur le calendrier d’Aube Dorée », s’énerve Chariclia. Megaphone en main et ventre à l’air, l’étudiante en philosophie de 23 ans est venue exprimer la honte qu’elle ressent pour son pays. « Avec l’aide des médias, le gouvernement a entrepris une véritable propagande contre les immigrés. Il n’y a aucun lien avec la crise, c’est du pur racisme ! », affirme-t-elle.

« On nous fait comprendre qu’on n’a plus besoin de nous »

Pour Elhadji Kamara, 34 ans, assis sur les marches avec ses frères sénégalais, la crise a toutefois provoqué ce climat de plus en plus délétère. « Quand je me suis installé à Athènes il y a six ans, la Grèce recherchait de la main d’œuvre, contrairement à l’Italie ou la France. A présent, on nous fait clairement comprendre qu’on n’a plus besoin de nous », se désole ce pêcheur au chômage, qui assure que les actes de violence se sont multipliés depuis 2008. En témoigne, la photo de Ranabid Houssaen, brandie par la communauté pakistanaise devant l’estrade. Il y a quelques semaines, l’un des leurs a été battu à mort par des néonazis à 3 heures du matin, sur cette même place. « Ils ne seront jamais punis pour leur crime, soutient Manu, jeune Grec révolté, la justice les laisse toujours tranquilles. »

16 heures. Le cortège se lance sur une musique métal. Direction place Syntagma. Malgré la présence des forces de l’ordre, qui surveillent les rues adjacentes, l’ambiance est décontractée, si ce n’est banalisée. A quand le prochain scandale ?

Juliette BRANCIARD

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