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Les parieurs grecs misent petit

La Loterie nationale grecque est, elle aussi, touchée par la crise. Ce n’est pas que les Grecs s’éloignent des jeux d’argent, ils sont juste obligés de parier autrement. 

Malgré la crise, les Opap ne désemplissent pas.

Malgré la crise, les Opap ne désemplissent pas. (photo CFJ/T.S.)

En 2012, pour la troisième année consécutive, le chiffre d’affaires de l’Opap (Organisation grecque pour les pronostics) est en baisse. Après avoir connu une croissance exceptionnelle jusqu’en 2008, ses comptes subissent depuis les conséquences de la crise économique, accusant une chute de près de 30%.

Martina gère depuis quatre ans un Opap à Omonia, la place populaire du centre d’Athènes. Elle confirme que, pour elle, le montant total des paris n’a jamais été aussi bas : « Par jour, je peux me retrouver avec environ 4 500 € dans ma caisse. Quand j’ai commencé, c’était jusqu’à deux fois plus. » Non loin de là, même son de cloche dans la boutique de Nikos. Lui n’a brassé que 300 € depuis le début de la journée.

Malgré cette chute des revenus de l’Opap, organisme publique en voie de privatisation, ses magasins ne désemplissent pas. « La crise n’a rien changé aux habitudes des parieurs grecs. Ils viennent toujours autant, c’est juste qu’ils ne dépensent plus que des petites sommes », explique Aimilios Papathanassiou, gérant d’un établissement de paris près d’une autre place de la ville, Monastiraki.

A Omonia, les joueurs peuvent trouver des Opap presque à tous les coins de rue.

A Omonia, les joueurs peuvent trouver des Opap presque à tous les coins de rue. (Photo CFJ/T.S.)

Avec la crise, les joueurs se sont adaptés. Moins d’argent dans le porte-monnaie, moins sur le comptoir des PMU grecs : 1 €, 2 €, guère plus. Dans un coin, un vieux monsieur aux cheveux blancs, fumant cigarette sur cigarette, scrute les écrans annonçant les résultats du foot, le programme des rencontres du jour dans la main : « J’ai parié 30 centimes qu’il y aurait match nul entre Nantes et Monaco. Si je gagne, je n’empocherai pas plus de 90 centimes. » En tout, il a parié 4,20  € depuis le début de la matinée. Gain potentiel : 11€.

« 50 centimes peuvent changer ta vie »

Si la manière de parier a évolué, l’ambiance semble n’avoir jamais changé, tant elle est similaire dans tous les Opap : le silence règne dans les salles, les yeux font des allers retours entre les tickets et les écrans, dans un mélange de concentration et d’inquiétude. Les résultats s’affichent par dizaine : loterie, courses hippiques, courses de lévrier, bowling et séance de penalties virtuels… Chacun a l’air blasé par la masse de jeux sur lesquels on peut miser. Seul le « bip » qui annonce, toutes les cinq minutes, une nouvelle partie de Kino (sorte de loto très prisé par les parieurs), est susceptible de faire sortir les joueurs de leur quiétude.

Que ce soit pour le Kino, les courses hippiques ou les matchs, les yeux sont toujours rivés sur les écrans.

Que ce soit pour le Kino, les courses hippiques ou les matches, les yeux sont toujours rivés sur les écrans. (Photo CFJ/T.S.)

Onwusieama et Chibueze sont tous les deux originaires du Nigeria. Pas de paris pour eux aujourd’hui : ils sont juste venus regarder le match de foot de Manchester United à Sunderland. « La priorité, c’est d’éviter de crever de faim. S’il reste un peu d’argent, alors on peut parier », explique Chibueze, à la recherche d’un travail dans la capitale grecque. Parier de petites sommes, comme pour les Grecs, c’est pour eux une nécessité. Gagner à tous les coups en est une autre. « Quand on joue au Kino, c’est un jeu de hasard, analyse Chibueze. Alors on prie Dieu mais il n’est pas toujours avec nous. En revanche, pour le football, c’est beaucoup plus facile, il n’y a que des hommes sur le terrain. » Son compatriote n’est pas tout à fait d’accord : « Au Kino, tu peux parier un euro ou 50 centimes et te retrouver avec un million. 50 centimes peuvent changer ta vie ! »

Le match est fini. Les deux fans de MU quittent la boutique. S’ils avaient parié un euro aujourd’hui sur la victoire de leur équipe favorite (qui a gagné 1-0), ils auraient touché 1,50 €…

Vincent GAUTIER et Thomas SCHONHEERE

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