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Lee Burton, l’électro intimiste qui rêve de voyages

Difficile de percer quand on est un jeune musicien grec, plus porté sur l’électro que sur la musique folklorique. Mais Lee Burton multiplie les concerts, finalise son deuxième album – un an après Busy Days For Fools - et sera dans le Vaucluse en juin. Rencontre.

Lefteris Kalabakas a arrêté de fumer il y a quatre jours. Pourtant, lorsqu’il s’assoit dans l’enceinte poussiéreuse du très en vogue « Six D.O.G.S. », un bar du centre d’Athènes, il est calme, extrêmement poli. A l’image de ses compositions électro, en fait.

Taille moyenne, les yeux sombres, un physique taillé à la grecque, l’Athénien de 29 ans est plus connu sous le nom de Lee Burton (« liberto » anglicisé, son prénom grec veut dire « liberté »). Son dernier album, Busy Days For Fools, est sorti en 2012 sur le label grec Klikrecords. Son millier de disques vendus et  ses 2500 fans sur Facebook lui donnent la notoriété nécessaire pour écumer les salles de la capitale grecque et vivre décemment de sa musique.

It’s a long way to the top…

S’il en est arrivé là, paradoxalement, c’est un peu grâce à la crise. « J’ai travaillé dans une entreprise de BTP pendant six mois sans jamais être payé, alors j’ai démissionné. Je n’ai pas touché un centime mais j’en ai profité pour finir l’album. » Pourtant, le jeune artiste ne se place pas en victime. Il refuse de politiser sa musique et préfère « écrire sur ce [qu'il] ressent, sur les relations humaines plutôt que sur l’actualité. »

Lefteris Kalabakas, alias Lee Burton, a sorti sa première démo à 22 ans. Son dernier album, Busy Days For Fools, est sorti en 2012.     (photo CFJ/T.S.)

Au pays du Sirtaki, pas facile de percer pour ceux qui ont choisi la voie électronique : « C’est difficile de vivre de sa musique si on ne fait pas de la pop grecque. L’électro n’est pas si populaire en Grèce. D’ailleurs, mon album a beaucoup mieux marché à l’étranger. J’ai beaucoup d’amis DJ qui sont partis à Berlin ou Londres pour se faire des contacts et jouer. »

Electro, folk et blues

Busy Days For Fools aligne 11 titres sombres et profonds. Pas de virtuosité, aucun solo, « beats » feutrés… Reste une atmosphère monomaniaque mais entêtante. A mi-chemin entre les expérimentations digitalo-spatiales du New-yorkais Nicolas Jaar et la folk de l’Allemand Fink. Mais pas seulement : « Ma musique est électro, c’est sûr, mais il y a aussi du blues, surtout avec mon jeu de guitare », explique-t-il, avant d’ajouter quelques mots sur sa formation, jazz fusion essentiellement. Au final, le cocktail de Lee Burton appelle au voyage, évoque sans cesse le désert américain cher aux musiciens « stoner », du nom de ceux qui – au début des années 1990 – ont développé un son lourd et planant à la fois, comme Kyuss.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=GzYIRy3ckic]

Sa musique, il la compose et l’enregistre seul, sans plan. « L’électro c’est beaucoup plus facile pour s’exprimer : quand tu as l’idée du siècle à deux heures du matin tu peux t’enregistrer librement, pas comme dans un groupe.» Une solitude, teintée de mélancolie, qui n’est pas pour lui déplaire : « Tu as plus de choses à dire quand tu ne vas pas bien, quand tu es par terre. »

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=4kL4f-CRfsM]

Le prochain album de Lee Burton est prévu pour juin et devrait sortir sur un label français. Enfin le groupe Lee Burton & the Busy Band sera début juin à l’affiche du festival « Yeah ! » à Lourmarin (Vaucluse), et un passage éclair dans les clubs parisiens est également envisagé. Les choses sérieuses ne font que commencer.

Philippe VION-DURY et Thomas SCHONHEERE

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