CԱltԱre / SOCIΞTé

La voix des monuments s’élève

Des coupes budgétaires et des licenciements ont mis à mal tout le secteur culturel en Grèce. Des passionnés, entraînés par les archéologues, appellent à la lutte, avant qu’il ne soit trop tard.

L’ACROPOLE : Il y en a environ 19.000 sites archéologiques et monuments historiques en Grèce, dont 17 sur la liste de World’s Heritage Monuments de l’UNESCO.

il y en a environ 19 000 sites archéologiques et monuments historiques en Grèce, comme ici l’Acropole, dont 17 sur la liste de World’s Heritage Monuments, de l’UNESCO. (photo CFJ/G.K.)

Une petite fille flâne, curieuse, dans les allées d’un musée. Elle observe les statues silencieuses. Si ces dernières ne bougent pas, il se crée tout à coup une sorte d’interaction : deux mains gantées attrapent la petite et le texte suivant s’affiche sur l’écran : « Pas de futur sans passé. Les monuments n’ont pas de voix, il faut leur donner la vôtre. »

Ce clip vidéo, qui fait partie d’un appel international, a été lancé par les archéologues grecs au printemps 2012, en réaction aux coupes budgétaires dans tous les domaines culturels. De la Chine aux Etats-Unis, de nombreux pays ont soutenu cet appel. Mais en Grèce, pas la moindre réaction. « La vidéo aurait dû être montrée à la télévision nationale, mais il a été interdit par les autorités », raconte Despina Koutsoumba, présidente de l’Association des Archéologues grecs.

« Selon le gouvernement, ce clip est seulement destiné à montrer que des enfants peuvent être enlevés dans des musées grecs !, s’exclame la Grecque. Nous avons été surpris : ce clip est avant-tout artistique, il montre qu’un enfant, tout comme nos monuments, fait partie de notre passé et de notre futur. »

Embaucher au lieu de licencier

Sur le square de Klathmonos, au centre d’Athènes, une foule se rassemble. Des airs de cornemuses, de violons et de tamtams, rythment la scène. Des tracts, distribués par une femme souriante, soulignent le but de la manifestation : « La culture de ce pays est directement menacée – nous sommes forcés de lutter pour son existence. »

La plupart des gens réunis ce jour-là sont embauchés dans des services culturels grecs. Tous sont venus pour montrer leur mécontentement concernant la négligence du gouvernement envers la culture, ces dernières années. Jusqu’en juin dernier, la Grèce avait un ministère de la Culture. Pour des raisons budgétaires, ce dernier a néanmoins fusionné avec d’autres, pour former un ministère bien plus vaste regroupant l’Éducation, les Affaires Religieuses, le Sport et la Culture.

KLATHMONOS SQUARE : « C’est évident qu’un pays a besoin d’un ministère de la culture », dit Despina Koutsoumba, présidente de l’Association des Archéologues Grecs.

Klathmonos square : « C’est évident qu’un pays a besoin d’un ministère de la culture », défend Despina Koutsoumba, présidente de l’Association des Archéologues Grecs.       (Photo CFJ/G.K.)

Les dépenses dans le domaine culturel ont globalement subi des coupes budgétaires allant jusqu’à 50%, décimant le nombre de salariés, pénalisant la sécurité, réduisant la maintenance ou amoindrissant les salaires. Rien n’a été épargné.

« On entend partout qu’il y a trop d’archéologues en Grèce et qu’ils sont surpayés, s’indigne Despina Koutsoumba. C’est de la propagande ! On n’a pas besoin de licencier les gens, mais d’en embaucher : nous ne sommes que 900 archéologues et certainement pas surpayés ! » Elle-même a fini son Master il y a 8 ans et gagne désormais 870 € par mois, sur lesquels elle paie 30 % d’impôts. « La démocratie a été fondée en Grèce mais, aujourd’hui, elle n’est plus de mise », se lamente-t-elle.

Les ruines de l’Acropole veillent sur Athènes. Depuis 2 500 ans, cette immense construction ocre illumine l’horizon. Sur les pierres glissantes qui entourent le terrain de ruines, Chris et Jutta Reinkeinmeier, un couple d’Allemands, se promènent prudemment. Pour eux, l’Acropole fait partie du parcours touristique qui s’impose à Athènes.

« Les sites archéologiques grecs nous montrent une image ancienne de l’art et de l’architecture. Les bâtisseurs avaient une technique impressionnante et assez précise », dit Christ Reinkeinmeier.

L’Acropole a survécu aux guerres et aux caprices de la nature, elle résistera moins à la crise économique

Comme d’autres sites culturels en Grèce, l’Acropole a survécu aux guerres, aux occupations et aux caprices de la nature. Il semble néanmoins qu’elle résistera moins à la crise économique. L’année dernière, Athènes a subi deux tempêtes de pluies qui ont endommagé plusieurs monuments. Despina Koutsoumba assure qu’en théorie, il faut réagir imédiatement pour restaurer les bâtiments. Mais, en Grèce, les moyens manquent.

« La culture grecque ne concerne pas seulement notre pays mais le monde entier », plaide Despina Koutsoumba. Et d’interroger : « Que vaut un pays sans culture ? Nous avons besoin d’une mémoire historique pour ne pas refaire les mêmes erreurs. La culture, ce n’est pas un luxe, mais une nécessité ! »

Gerd KIEFFER

En savoir plus: Lisez l’appel international des archéologues grecs et regardez le clip.

Tags: , , , , , ,

Comments are closed.