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Sous le parking, le parc

Les habitants du quartier d’Exarchia ont investi le parking de la rue Navarinou depuis 2009. La Chambre technique d’Athènes voulait y construire un immeuble de bureau, ils l’ont transformé en parc autogéré.

Les habitants ont complètement réaménagé cet ancien parking qui est aujourd'hui un véritable lieu de vie.

Les habitants ont complètement réaménagé cet ancien parking, aujourd’hui un véritable lieu de vie. (photo CFJ/B.L.)

Alexandre sirote sa bière au soleil, assis sur une des balançoires que les habitants d’Exarchia ont improvisées avec des matériaux de récupération. « On vient ici trouver de la compagnie, des gens à qui parler. Ce n’est pas comme dans un bar, pas de logique commerciale ici », explique-t-il.

Entre les bosquets, certains lisent ou grattent les cordes d’un bouzouki, une grappe de jeunes en cercle plaisantent sur un banc. A l’écart, d’autres font du yoga ou des tractions ou distribuent des tracts. Quelque soit l’heure il y a toujours quelqu’un dans ce jardin urbain, plein de fleurs et de tags.

Les allées sinueuses, pavées de mosaïques, témoignent de la créativité des occupants. Certains sont d’ailleurs à l’œuvre : en plein soleil, ils mettent une dernière main aux futures balançoires. Burin, perceuse et tournevis ont été tirés des casiers communs, ils appartiennent au parc. « Les factures d’électricité du parking sont toujours au nom de la chambre technique, personne ne les paye », précise l’un des bricoleurs, un sourire en coin.

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Les pouvoirs publics répugnent à intervenir

Après la destruction d’un hôpital qui s’y trouvait, le terrain a longtemps été exploité comme parking. Mais lorsque le propriétaire, la Chambre technique d’Athènes, demande en mars 2009 un permis pour y construire des bureaux, le quartier se hérisse. Des dizaines de voisins mobilisés occupent le terrain. A coup de pioche, ils fracturent le bitume et plantent les premières fleurs dans la terre qu’ils découvrent.

Le projet « parc » est né. L’objectif est d’ouvrir un jardin public à disposition du quartier. Pendant cinq ans, le propriétaire ne parvient pas à les déloger. Affaiblis par la cure d’austérité et échaudés par les violentes manifestations de décembre 2008 dans le quartier, les pouvoirs publics répugnent à intervenir.

A ses débuts, une cinquantaine de personnes forment l’assemblée qui sera chargée de faire vivre le projet. A deux semaines de son cinquième anniversaire, ils sont moitié moins nombreux. Giorgos, un de ces militants actifs, est très pessimiste : « Avec la crise, les gens ont d’autres problèmes à régler. On ne peut pas mettre toute notre énergie dans le parc ! » La structure ouverte des assemblées, dont on n’est membre que parce qu’on y vient, est aussi sa faiblesse.

L'entrée du parc autogéré d'Exarchia

L’entrée du parc autogéré d’Exarchia

« Le projet n’est pas menacé de l’extérieur, mais de l’intérieur »

« Tant que le projet a le soutien des habitants, le parc survivra, affirme Giorgos. Mais si on laisse trop se développer les trafics, la drogue ou la criminalité, la police reprendra ses droits.»
Leur position est paradoxale, ils sont assiégés dans un lieu ouvert. « On ne peut pas mettre les gens dehors et fermer la porte, comme dans un squat. »

Pour faire respecter un semblant d’ordre, la présence des militants est l’élément clé. Les plus impliqués lui sacrifient leurs nuits et leurs vacances d’été.
L’enjeu est de conjuguer pour le mieux les intérêts contradictoires qui se disputent les quelques 3000 m2 de verdure. Terrain d’épanouissement pour les enfants, marché pour les dealers, refuge pour les criminels, lieu de détente pour les visiteur, de villégiature pour les SDF et de vie de quartier pour le voisinage : « C’est un vrai champ de bataille », déplore Giorgos.

Le projet se perpétue au prix d’un arbitrage permanent. « Pour que le parc soit accessible à tous, ils doit être accessible aux plus faibles », ajoute-t-il. Une maxime qui guide les initiatives. Ainsi les bricoleurs du jour vont forcer Alexandre à changer ses habitudes : les nouvelles balançoires sont des sièges de métal trop étroits pour qu’un adulte puisse s’y asseoir.

Laura MIRET, Barthélémy LAGNEAU

 

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