SOCIΞTé / ∑conomie

Un chausseur talonné par la crise

Sotizis Vasilopoulos fabrique des chaussures sur mesure dans le centre-ville d’Athènes. Autrefois prospère, sa petite entreprise est aujourd’hui mise à mal par la crise économique. Rencontre.

Les clients entrent par une porte discrète en fer et verre teinté, que rien ou presque ne distingue de la pierre marronnasse de l’immeuble. Aujourd’hui, seuls les clients fidèles connaissent la boutique de chaussures de Sotizis Vasilopoulos, dans le quartier de Psiri, au centre d’Athènes. La faute à l’évolution économique de la Grèce, qui a tout misé sur le tourisme depuis les années 1960 : « Avant, le quartier était réputé pour ses chausseurs de qualité. Maintenant, il n’en reste plus beaucoup, à peine quelques boutiques, se désole-t-il. Les gens viennent ici pour acheter de la drogue, boire de l’alcool ou aller au restaurant. »

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Sotizis Vasilopoulos est fier de ses chaussures faites main, qu’il peine pourtant à vendre.(photo CFJ/C.P.)

Sur les étagères de sa boutique, des escarpins à paillettes, des sandales à talons vert et rose et des bottines à fourrure inspirées des modèles Christian Dior ou Prada. Sotizis Vasilopoulos, la peau hâlée et le regard doux, fait dans l’artisanat de luxe. Du sur mesure et du fait main qui rebutent plus le client qu’il ne l’attire, dans une Grèce en pleine crise économique : « Les Grecs n’ont plus les moyens de s’acheter des chaussures, s’attriste le cinquantenaire. D’abord ils mangent, ensuite ils mettent de l’essence dans leur voiture et, seulement après, ils pensent à leur apparence. »

Une situation qui mine d’autant plus Sotizis Vasilopoulos que ce commerce est un héritage familial. Son père a confectionné sa première savate dans les années 1950. « J’avais trois ans quand j’ai commencé dans le métier, j’étais tout petit », raconte-t-il en évaluant sa taille avec la main. Très vite, lui et son frère Vaggelis ont pris le relais de ce négoce, alors prospère : « Dans les années 1980, on avait une quinzaine de salariés, se souvient-il. Aujourd’hui il n’y a plus que nous deux. »

 Un travail de deux à trois semaines, pour 140 € la paire 

Sotizis Vasilopoulos ne s’anime plus que lorsqu’il montre son savoir-faire. « Ce modèle de chaussures en bois date du siècle dernier. C’est une base sur laquelle j’ajoute des empiècements en cuir pour mouler parfaitement le pied de la cliente », explique-t-il, avant de se précipiter vers son atelier, situé dans l’arrière-boutique, pour y chercher ses instruments. Des limes, un compas, une pince : des outils hérités de son père qui font la fierté du chausseur. « Il faut ensuite piquer le cuir sur le moule, ajouter la semelle et coller les talons. » Ce travail lui prend deux à trois semaines, pour 140 € la paire en moyenne. Un prix qui concurrence celui des magasins de fabrication industrielle français, mais qui reste élevé en Grèce.

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Question d’image, le chausseur hésite à montrer l’atelier situé à l’arrière de sa boutique de chaussure. (photo CFJ/C.P.)

Pourtant, pour prendre en photographie l’atelier de Sotizis Vasilopoulos, il faut négocier : « C’est le bazar », argue-t-il. Le chausseur prend soin de son image, dorénavant, le moindre faux pas peut être fatal à son commerce.

Clémence FULLEDA et Carole PELÉ

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