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Rock : la discothèque grecque idéale

Quels sont les dix groupes rock grecs à écouter avant de mourir ? Vendeur chez Mr. Vinylios, le plus grand magasin de vinyles d’Athènes, Dimitris présente sa sélection.

1) Socrates Drank The Conium, les héros du rock dur à la grecque

Il fallait en avoir dans le pantalon pour jouer du hard rock à Athènes sous la dictature des colonels (1967-1974). Socrates Drank The Conium (« Socrate a bu la ciguë ») est de ce genre de groupe qui n’a pas froid aux yeux, balançant un hard rustaud, très influencé par les premiers bombardiers américains (Grand Funk, Mountain, Steppenwolf) et avec un atout de taille : son guitariste. « Yannis Spathas était le meilleur guitariste en Europe », ose Dimitris. Tout en laissant l’emploi du superlatif au vendeur, on ne peut que souligner l’agilité toute hendrixienne du bonhomme. Ecouter le solo de « Starvation », sorti sur le premier album du groupe en 1972, reste encore le meilleur moyen de se figurer l’étendue de son jeu de phalange.

Rythmique à l’épreuve des balles, basse rutilante, légère tendance à jouer les amplis à fond, fortiche même dans les ballades (la magnifique « Underground », en 1972), le groupe a tout pour lui. « Socrates a été très populaire ici, il a été le premier groupe à jouer ce type de musique ici en Grèce. Le premier album éponyme est parfait. Le second est moins bon, mais les trois suivants sont excellents, surtout le quatrième Phos, composé avec Vangelis. » Un must, en somme, et logique numéro un de ce classement.

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2) Aphrodite’s Child, la plus internationale des formations grecques

Le plus connu des groupes helléniques, déjà longuement abordé par le Parthenon Post, trouve légitimement sa place dans ce Top 10. Dimitris tient quand même à en rajouter une couche : « Le premier album, End Of The World, est très bon mais 666 vient d’une autre planète. Demis Roussos était au top, après il est tombé dans la parodie. Quelque chose comme Elvis dans les années 1970, mais encore pire. » Autant préciser de suite qu’aucun album solo de Demis Roussos n’est présent dans cette sélection…

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=3KCbqhJt16k]

3) Pavlos Sidiropoulos, le plus grand album de rock grec jamais sorti

Si Socrates et Aphrodite’s Child sont connus des amateurs de rock, le reste de la sélection s’est beaucoup moins bien exporté hors des frontières de la Grèce. Et pourtant : « Flou de Pavlos Sidiropoulos est sûrement le plus célèbre album de rock grec jamais sorti, il est juste parfait », assure le disquaire.

Ici encore, notre spécialiste ne se trompe pas : fondamentalement groovy avec son piano bar, sa basse véloce et ses envolées de guitare, Flou, sorti en 1979, est un petit chef d’œuvre. Avec le recul, on se dit que la seule raison pour laquelle ce disque ne s’est pas écoulé à des millions d’exemplaires est que ses textes étaient en grec. Pavlos Sidiropoulos est mort en 1990 des suites d’une overdose d’héroïne.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=t5hnSI4Pnsc]

4) Peloma Bokiou, Santana ou pas ?

En un album éponyme sorti en 1972, le groupe athénien Peloma Bokiou a réussi à s’imposer aux yeux des occidentaux comme le Santana grec. Dimitris crie à l’imposture : « Beaucoup de gens comparent ce groupe à Santana mais c’est beaucoup plus un mélange de rock psychédélique et de rock progressif. Seuls quelques moments évoquent Santana. En fait, c’est même bien mieux. » En vrai, si ce n’est pour le son de l’orgue, de la guitare et des percussions, Peloma Bokiou ressemble pour le coup vraiment à du Santana. Dans tous les cas, c’est bien.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=sLxHiYKtECM]

5) Poll, la pochette de vinyle la plus originale de la planète.

Jethro Tull avait inventé la pochette-journal avec Thick As A Brick, Santana la pochette-fleur avec Lotus, le Velvet Underground la pochette-banane-à-lécher avec son premier album… En 1971, le groupe Poll sortait son premier disque dans un sac de jute… En montrant l’objet avec malice, Dimitris livre son analyse sur la galette : « Poll était autant influencé par les hippies américains que par le folk grec, cela se ressent avec ce mélange de chœurs, de flûte et de guitare acoustique. En tout cas, c’est un des meilleurs albums jamais enregistré par un groupe grec. »

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=AHcNX5ZCjA8]

6) Kostas Tournas, la dérive symphonique

En 1973, le compositeur principal de Poll, Kostas Tournas, sort son premier album solo : Aperantia Horafia (« Les champs infinis »). Le projet a quelque chose d’homérique : accompagné d’un orchestre philarmonique, Kostas Tournas ne livre rien d’autre qu’une seule et unique chanson de 40 minutes, opéra-rock dément aux multiples variations. Dimitris s’emporte : « Il y a au moins 60 personnes sur ce disque ! Les parties d’orgue sont absolument dingues. »

Au final, Aperantia Horafia ne s’écoule à l’époque qu’à 2 500 exemplaires. Aujourd’hui membre de Nouvelle démocratie, le parti du premier ministre Antonis Samaras, Kostas Tournas est candidat à un siège de député européen. Avec Poll, il avait composé la première chanson anti-guerre grecque, « Anthrope Agapa » (« Homme, aime! »). Le rock mène décidément à tout.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=vj5zO7yNbck]

7) Dionysis Savvopoulos, le compositeur aux multiples influences

« Meilleur parolier grec » selon Dimitris, Dionysis Savvopoulos puise ses influences dans la musique balkanique, le folklore grec et le free-jazz de Frank Zappa. Pour Dimitris, on doit retenir de ce cocktail épileptique et éminemment expérimental trois albums : To perivoli tou trelou, (« le jardin du fou ») en 1969, Ballos en 1970 et Vromiko Psomi, (« Pain sale »)sorti en 1972.

En 1967, ce compositeur de génie fut emprisonné par la junte militaire au pouvoir pour ses opinions politiques. Subversif, donc. Et toujours actif, aujourd’hui, à 69 ans.

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8) George Romanos, variété saturée

Quand on regarde la pochette de « Two Small Blue Horses » (un beau gosse bien coiffé, regard ténébreux, posant nonchalamment dans l’embrasure d’une fenêtre), on est loin de s’imaginer le déluge de fuzz qui s’apprête à submerger l’auditeur. Etrange quand même, de mélanger cet effet de guitare saturée typique des groupes garages américains de la fin des années 1960 avec une voix digne du pire des chanteurs de variété et des thèmes empruntés à la musique traditionnelle grecque. Pas plus étonné que ça, Dimitris se contente d’un laconique « c’est psychédélique ».

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9) En Plo, en roue libre

Le groupe préféré de Dimitris est aussi une des deux formations de cette sélection à ne pas avoir été active dans les années 1970. « C’est de la Dark Wave avec des mouvements traditionnels grecs ». En clair, En Plo aligne rythmes lourds et entêtants, guitares qui déchirent l’air et paroles socialo-anarchistes. Bien qu’un peu obscur, leur meilleur album, En Plo, (« Au large ») sorti en 1989, a toute sa place dans ce classement.

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10) Purple Overdose, spatial

Fondé en 1987, le groupe Purple Overdose n’a cessé tout au long de sa carrière de rendre hommage à ceux qui l’avait précédé dans la voie du rock psychédélique à la grecque. « Ils on sorti sept albums, tous excellents. Mais le troisième, Purple Overdose, est vraiment le meilleur », affirme Dimitris. Effectivement : merveilleusement servi par une production irréprochable, loin du son un peu brut de décoffrage des autres titres du classement, l’ambiance qui s’en dégage est d’une finesse incroyable. Le travail d’orgue y est chiadé, les solos inspirés et la voix délicate du chanteur fait mouche à chaque strophe. Une perle, la dernière de ce Top 10.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=VlfiQHXczAA]

Thomas SCHONHEERE

Cette sélection a été réalisée avec le concours de toute l’équipe du magasin Mr. Vinylios, soit de gauche à droite Fotis, John et Dimitris. Photo CFJ/T.S.

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