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Les soupes populaires connaissent aussi la crise

L’Eglise orthodoxe organise  des soupes populaires quotidiennes mais fait face à des difficultés pour répondre à la demande. Reportage dans une église du sud d’Athènes.

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Devant l’Eglise de style byzantin de Mousson à Paleo Faliro, une banlieue au sud d’Athènes, un homme mal rasé, la cinquantaine, en survêtement sort d’une petite porte dérobée, deux sacs remplis de nourriture. « La crise nous tue, il n’y a que Dieu qui peut nous sauver », lance-t-il en se signant et en enfourchant sa moto.

Dans cette paroisse construite en 1954, les repas sont distribués au plus pauvres depuis 1974. Mais avec la crise économique, cette église grecque orthodoxe intensifie ses actions depuis 2008. Tous les jours de la semaine, sauf le dimanche, la paroisse distribue chaque midi une cinquantaine de repas aux plus nécessiteux. En deux ans, le nombre de personnes venant récupérer de la nourriture  est passé de 20 à 50 personnes selon le prêtre de la paroisse. « Des gens qui étaient en mesure de financer ces soupes populaires hier doivent venir manger ici aujourd’hui », regrette le père Spiros.

Chasse aux profiteurs

Dans la salle, une dizaine de fidèles, la plupart des hommes grecs, attendent leur tour. Certains sont heureux qu’on s’intéresse à leur problème, d’autres s’énervent à la vue d’un appareil photo ou d’une caméra. « Il y a à la fois ceux qui ne veulent pas exposer leur action de charité et ceux qui ont honte de l’image qu’ils renvoient », confie une fidèle. Et quand on les interroge sur les raisons de l’augmentation du nombre de personnes dans les soupes populaires, les paroissiens reprochent à certains fidèles de profiter du système sans en avoir besoin.

Comme dans la plupart des églises du pays, les dons directs des fidèles ne suffisent plus à absorber l’augmentation du nombre de demandeurs. Ce qui oblige le père Spiros à tenir un calendrier très strict des donneurs et à faire la chasse aux profiteurs. « Je fais régulièrement le tour du quartier pour rendre visite aux gens et vérifier s’ils sont dans le besoin », explique-t-il en affirmant qu’il ne peut pas imaginer que le « philotimo », mot grec pour désigner l’aide envers autrui, s’effondre à cause de la crise.

Un Athénien sur onze profite des actions de solidarité

L’Eglise de la Vierge, comme toutes les autres églises orthodoxes d’Athènes, bénéficie d’opérations de solidarité lancée depuis la crise, en collaboration avec différentes chaînes de télévision. Les restaurants, boulangeries et tavernes sont invités à transmettre leurs restes de nourriture pour lutter contre le gaspillage et donner au plus démunis. D’autres associations, comme Boroume (« on peut ! » en grec), organisent également cette solidarité à plus grande échelle. « On parvient à distribuer en moyenne 1200 repas par semaine grâce à l’action de 25 hôtels Athéniens », explique Xenia Papastravriou, une bénévole à Boroume.

Selon le dernier rapport de l’Institut de recherche de l’Université d’économie d’Athènes, un habitant de la capitale sur onze aurait recours chaque jour à des formes d’aides sociales, dont les soupes populaires, pour subvenir à ses besoins quotidiens.

Sarra BEN CHERIFA et Alexandre CAPRON

Remerciements à Eva Vassilatou

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